.Un bout de son histoire raconté par sa maman :
Vers 13 h je t'ai donc couché. J'ai enlevé la clenche de la fenêtre et l'ai posée sur le rebord pour la remporter avec moi... et j'ai fermé le volet. On a fait un tit câlin, mis les veilleuses en marche et je suis sortie de la chambre.... en laissant cette maudite clenche.
Je me suis préparée pour aller à mon rendez vous. Papa jouait avec Hugo à la playstation. Quand je suis revenue, tu dormais encore. J'ai alors un peu parlé avec Marika sur MSN. Puis vers 15h je t'ai entendu râler dans ton lit. J'ai dis à Marika : "je reviens, Ethan semble grognon".
Arrivée dans la chambre tu étais debout dans ton lit. Tu avais les cheveux en bataille. Lorsque tu m'as vue, tu t'es recouché. Alors j'ai mis le drap sur toi en disant: "il fait dodo Ethan". Puis tu l'as enlevé tu m'as dit "coucou"et tu t'es remis debout dans ton lit. Tu m'a donné gros nounours, boubou et le petit chien pour que je les sorte du lit. Puis tu es revenu vers tes veilleuses. Tu les a mises en marche et j'ai chanté "Au clair de la lune" avec.. Puis tu m'as montré la photo de papa au dessus de ton lit, tu as dit " papa" puis tu as montré la photo de moi et tu as dit "maman". Puis, d'un bond, tu étais de l'autre côté du lit. Là tu as sorti le petit livre avec des photos. Tu m'a montré le chat puis "huho" Hugo puis papa puis maman puis mamie puis papy.... pour une fois tu n'as pas dis papou !
Puis tu as passé ta main dans la moustiquaire que tu avais déjà pas mal trouée. Tu as attrapé le bras pour ouvrir le volet et tu as essayé de le tourner. Je t'ai demandé: " tu veux ouvrir" alors j'ai ouvert, d'une vingtaine de centimètres.
Puis le temps de notre dernier câlin est arrivé. Je t'ai pris dans mes bras et je t'ai serré un court instant contre moi. Je t'ai posé par terre et je me suis souvenu qu'Hugo avait laissé ses légo sortis. Je suis passée devant toi pour aller enlever la clenche de la porte.
Je t'ai tourné le dos.... je pensais que tu me suivrais, que tu irais retrouver papa et Hugo.... je suis allée dans le couloir, j'ai enlevé la clenche que j'ai posée sur ta table à langer dans la salle de bain, puis je suis repartie dans la salle pensant te trouver....
Je réalise très vite en ne te voyant pas dans la pièce. Un frisson glacé me parcoure. Mon c½ur s'accélère. Comme dans un rêve, à la fois flou et d'une netteté cruelle, je revois mon geste au moment de te coucher. Un simple oubli qui va nous faire basculer dans l'horreur.
Je me précipite dans la chambre et je vois la fenêtre grande ouverte. Une ouverture béante de laquelle je ne peux m'approcher. Une force étrange, violente, incontrôlée interdit à mon corps de bouger. Une tension nerveuse se diffuse dans mes membres comme un courant électrique. Une alarme stridente résonne dans mon crâne. Tout se bouscule en moi. Et brutalement, sans crier gare, je sens monter dans ma poitrine un cri, un hurlement animal, instinctif. Ton père accourt et se penche à la fenêtre de la chambre. Hugo est pétrifié par l'effroi qu'il lit sur nos visages, la panique le submerge à son tour et il lâche les mots : "il est mort". Les mots me pénètrent comme des coups de poignards. Non, ce n'est pas possible ! Je ne veux pas ! Je ne peux pas ! On ne peut pas y croire ! ! J'ouvre le volet de salle, j'aperçois la silhouette d'un voisin, le portable à l'oreille qui regarde en direction de l'immeuble, et je plisse les yeux pour tenter de lire son expression, pour chercher sur ses traits la réponse à la terreur qui déchire mon ventre, brouille mes pensées.
J'entrevois ce que je refuse de concevoir. Je pars, j'ai compris, mais je ne veux pas y croire ! Machinalement je prends les clés, j'appuie sur le bouton de l'ascenseur, tout va très vite. Mes gestes se font comme des automatismes. Les secondes s'étirent et le temps semble arrêté. Pourtant un sentiment d'urgence me secoue et j'ai la sensation que je suis avec toi, connectée. Ton esprit et le mien fusionnent, indissociables. Je réalise que je dois prendre l'escalier... 7 étages....L'espace se distord et j'ai l'impression que les étages s'allongent, et je me persuade sur toute la descente que tu vas vivre ! Tu ne peux pas mourir. Tout cela ne peut pas finir ainsi ! Ce n'est pas possible. Je me dis que tu es sur l'herbe, que l'on va aller à l'hôpital, que ce soir tu rentreras avec nous... Tout ce passera bien. Je ne peux pas imaginer un seul instant te perdre. Je ne peux pas croire que cela t'arrive à toi, que cela nous arrive à nous.... Et pourtant !